formats

Un coming-out de rêve

RenanUne fois n’est pas coutume, un coming-out peut bien se passer ! L’intelligence du cœur, ça existe ! Une belle histoire de temps en temps, ça fait du bien…

Le coming-out de Renan

J’ai fait mon coming-out à 21 ans, peu de temps après avoir pris conscience et accepté mon attirance sexuelle pour les hommes. Avant ça, je me sentais attiré par les hommes, mais je me disais que c’était seulement une phase, que je n’avais juste pas de chance avec les femmes… Et puis un jour, alors que je travaillais dans une station-service, je me suis décidé à réfléchir, j’avais beaucoup de temps pour le faire, seul à ma caisse, et je me suis rendu compte que ce n’était pas une phase, que j’étais bel et bien homosexuel, et que ça ne s’en irait jamais…

Ensuite, il n’a fallu que trois petits mois pour que je mette tout mon entourage au courant. Les premiers furent mes amis, à qui j’avais laissé un message sur le forum de notre association. Je ne leur avais pas dit directement, car ils étaient très prompts à faire des blagues sur les filles, et à rigoler en singeant les relations homosexuelles. J’avais très peur de leur réaction, mais finalement, bien que surpris, ils ont tous parfaitement accepté qui j’étais, et rien n’a changé entre nous.

Puis vint le premier membre de ma famille: ma sœur cadette. J’avais posté le message du forum sur un blog que je tenais très peu régulièrement. Un jour, je reçois un appel de ma sœur qui me dit, sur un ton dramatique: « j’ai lu ton blog ». J’étais tétanisé de peur, le ton employé laissait penser qu’elle le prenait mal, j’avais peur qu’elle l’ait dit à mes parents, ou à ma sœur ainée. Et puis le verdict est tombé: « tu sais t’as pas à avoir honte. Je m’en doutais que tu étais homo, ça change rien… », soulagement!

Membre suivant : ma nièce et mon neveu (les enfants de mon demi-frère). À l’époque on discutait sur MSN Messenger, et suite à mon coming-out avec mes amis, j’avais mis un statut pour dire que j’étais soulagé. Et puis, j’ai ajouté ma nièce un jour en oubliant de le changer. Elle l’a vu directement et est venue m’en parler. Il s’avérait que sa propre mère avait quitté mon demi-frère pour aller vivre avec une femme. Du coup, ça ne lui a posé aucun problème. Et justement, elle devait venir une semaine après à la maison, pour elle, c’était l’occasion rêvée d’analyser le comportement de mes parents. Elle savait que j’avais envie de leur dire, mais je ne savais pas comment ils réagiraient.

Ma mère disait souvent: « quand est-ce que tu ramènes une fille ? … Ou un garçon, c’est bien aussi ! », j’ai donc cru qu’elle savait et qu’elle lançait des perches pour que je lui confirme. Mon père en revanche, dès que l’homosexualité était abordée dans les journaux, tenait des propos qui me glaçaient le sang: « ce n’est pas naturel, je trouve ça pas normal qu’on laisse des gens comme ça faire ce qu’ils font ». Comme il était hors de question de faire mon coming-out auprès d’un seul de mes parents, qui n’ont aucun secret l’un pour l’autre, j’ai décidé de m’en tenir là et ne rien dire à mes parents.

C’était sans compter sur ma première rencontre amoureuse. Mon comportement a soudain changé, je sortais un peu plus, j’étais plus enjoué, ma mère l’avait remarqué, ça lui faisait plaisir, mais quand je sortais, je lui mentais. Et je mens très mal, je suis un énorme gaffeur. Après une énième gaffe que j’ai rattrapé de manière plus que douteuse, j’ai décidé qu’il était temps d’arrêter de jouer à ce petit jeu et qu’il fallait leur dire. Pendant quelques jours, j’ai donc préparé mon coming-out, avec l’aide de mon copain de l’époque. Le dire en face? Pas question, si ça se passait mal je ne pourrais pas le supporter. Semer des indices? Beaucoup trop compliqué. J’ai donc décidé de le faire par voie écrite, c’était le meilleur moyen d’ouvrir mon cœur et de coucher sur le papier mon ressenti.

Ma première lettre faisait 10 pages… J’y racontais la totalité de mon parcours, comment j’avais découvert que j’étais homo, mes premières aventures… Et puis en relisant, j’ai réalisé que j’allais beaucoup trop dans le détail et que ça ferait beaucoup trop d’informations d’un coup. J’ai réduit à 3 pages où je disais l’essentiel: je suis homo, je n’ai pas choisi de l’être, ça ne change en rien qui je suis, vous n’y êtes pour rien, je suis amoureux d’un garçon, vous l’avez déjà vu, et c’est comme ça que je suis heureux.

Un matin, départ pour la fac, je glisse la lettre dans une enveloppe où j’ai sobrement écrit « Papa et Maman », puis je laisse la lettre dans la boîte aux lettres familiale. Dans la lettre, je leur demandais de ne pas m’appeler pendant la journée, je ne voulais pas devoir affronter leur réaction aussi directement et en plein travail. Une journée de stress, d’angoisse, de peur. Qu’avaient pensé mes parents de cette révélation, l’acceptaient-ils? Vais-je trouver de l’amour en rentrant à la maison, ou mes affaires toutes préparées pour me mettre dehors?

Dans ma voiture, au retour, je roule doucement, je ne suis pas pressé de savoir, trop de doutes… Arrivé à la maison, je me gare dans la cour et je vois ma mère sortir et se diriger vers moi les bras grands ouverts. Une étreinte tellement réconfortante, tellement inoubliable. Cela m’a paru durer de longues minutes. Elle me dit ensuite qu’elle ne s’y attendait pas, qu’elle avait eu peur en voyant l’enveloppe que j’aie décidé de partir de la maison (quelque part, elle a préféré apprendre mon homosexualité qu’apprendre que j’étais parti), et qu’elle m’aimait comme j’étais, que tout ce qu’elle voulait c’est que je sois heureux et en bonne santé.

Et puis elle prend une mine grave: « papa a pleuré ». Elle me tend alors une lettre, « il t’a écrit ». Dans mon esprit, « ça y est, mon père ne veut plus me parler, il me dit ses pensées par lettre et enterre nos relations avec ça », me suis-je dit.
J’ouvre la lettre, et au fil de la lecture, je pleure… J’y lis qu’il a choisi le même mode de réponse afin de pouvoir s’exprimer avec la même sincérité et la même émotion que moi. « Nous avions remarqué chez toi des comportements que nous ne voyions pas chez les autres garçons. Mais il est une chose de se douter, et il en est une autre de recevoir la vérité en face. Je ne te cache pas que ma première réaction a été de la déception. Mais tu restes mon fils, et c’est mon devoir de père que t’accompagner dans la vie, et de faire qu’elle soit heureuse. Et si, pour cela, je dois accepter que tu sois attiré par les garçons, alors soit. Ta mère et moi t’aimons, et tout ce qui nous importe c’est ton bonheur, ta réussite et ta santé. Et si ton bonheur se trouve dans les bras d’un homme, alors je ne peux m’y opposer. Je t’avoue qu’il me faudra du temps pour me faire à l’idée, mais je t’aime profondément et l’accepterai avec le temps. »

Je regarde ma mère, pas besoin de mots, elle a compris tout de suite: « il est au salon », je cours, en larmes, et je prends mon père dans les bras, chose qui se faisait très rare, je n’avais pas cette relation avec mon père, et quelque chose dans cet événement a finalement tout changé, pour le mieux.

Par la suite, ma sœur cadette l’a dit à ma sœur ainée, mes parents à ma grand-mère, et j’ai imposé ma relation avec mon copain à tout le reste de la famille, et contre toutes mes attentes, tout le monde sans exception l’a accepté. Ma grand-mère a parlé d’un handicap, mais peu importe, aucune réaction de rejet.

Cela fait déjà 8 ans que mon coming-out a eu lieu. Mon père s’y est même fait plus vite que ma mère, j’ai l’impression. Aujourd’hui, mes copains sont accueillis à la maison, comme mes beaux-frères le sont. Mes parents défendent mes droits, leur regard a changé sur l’homosexualité, et notre relation s’est transformée pour le mieux. Avant, j’étais souvent en conflit avec mon père, désormais, je m’entends parfaitement avec mes deux parents, et il n’y a aucun tabou. Tout ce que je pourrais dire pour conclure c’est ça: j’ai une famille géniale.

Et s’il faut un conseil : faites-le quand vous sentez que vous devez le faire, ne vous forcez pas, faites-le à votre manière, avec votre sincérité. Trouvez les mots pour rassurer aussi, les parents pensent être responsables de la situation, ils ont peur que vous ayez plus de risques d’avoir le SIDA, ils doivent aussi s’imaginer qu’ils n’auront jamais de petits-enfants. Rassurez-les, et surtout, allez-y doucement.

Après, chaque famille est différente, et donc chaque situation le sera, on ne peut jamais savoir à l’avance. Mais soyez vous-mêmes avant tout !

Photo : Andrew de Desesperate Housewives